Les Biopics : Pourquoi est-ce un véritable business ?

Aussi appelés “films biographiques”, les biopics sont des oeuvres cinématographiques qui retracent la vie d’une personnalité ayant existé, généralement une figure historique d’importance.C’est donc généralement un personnage passé mais ce n’est pas forcément obligatoire(Rocketman).On s’attache aux événements marquants et déterminants de sa vie.Mais par moment , les biopics se centrent sur une période importante de la vie du personnage afin d’éclairer la personnalité à travers cet épisode.Ce genre cinématographique a fait son apparition à la fin du 19ème siècle dès les débuts du cinéma. Georges Méliès a été le premier à s’y essayer avec son film Cléopâtre réalisé en 1899. Par la suite, les biopics (contraction de biographical picture) connaissent un essor en 1930 où ils sont avant tout éducatifs et mettent en avant la vie de grands hommes tel que Pasteur et Zola. Après un passage à vide dans les années qui suivent, ils reviennent en force dans les années 2000 avec notamment La Môme (2007), véritable succès mondial. Superproductions ou productions plus modestes, l’industrie du biopic s’enrichit. Mais plusieurs questions se posent :  Pourquoi ce genre plaît-il autant au public et pourquoi les cinéastes misent-ils dessus et à quel prix ?  

Pourquoi un tel engouement autour de ce genre ?

Dans un biopic, on se penche sur la vie de personnes qui ont marqué l’histoire, sur une figure emblématique avec un parcours hors du commun. C’est donc pour les cinéastes une valeur sûre car plus facile à promouvoir auprès du public. Le personnage principal du film étant déjà connu, on peut s’adresser facilement aux fans de ce dernier et constituer un public potentiel.  C’est pour cela que depuis les années 2000, les biopics connaissent un renouveau et réussissent à séduire le public même si ce genre reste encore largement sous représenté dans l’industrie du cinéma. Malgré tout, beaucoup sont de véritables succès comme la Môme qui a permis à Marion Cotillard de remporter un Oscar et Ray sorti en 2004 qui a permis à son acteur principal Jamie Foxx de lui aussi repartir avec un Oscar.

On remarque aussi un véritable engouement pour les biopics musicaux, permettant aux spectateurs de plonger dans la vie de leur chanteur préféré.Les maisons de production ont compris que c’était le genre sur lequel il fallait miser. Comme le démontre l’année 2018/2019 qui a été riche de ces derniers avec la sortie de Bohemian Rhapsody , salué par le public et maintes fois récompensé ou encore Rocketman , produit par Elton John lui-même.

Un format rassurant et rentable pour les producteurs

Chaque année de nombreux biopics voient le jour. L’avantage du genre, c’est qu’il est rassurant pour les producteurs. Comme dit plus haut, en se basant sur des histoires de personnes existantes ou ayant pu exister, leur structure narrative est consolidée. C’est un format très codé qui doit répondre aux exigences des spectateurs : l’origine difficile du protagoniste, sa rencontre avec la chance, ses premiers exploits, son apogée puis une mort brutale ou une fin plus sombre. Ces codes permettent de rythmer le film et de poser des repères pour les scénaristes. 

Cette recette permet aux biopics de rencontrer un certain succès au box-office, si ces codes sont respectés. Le succès de Bohemian Rhapsody en est la  preuve : avec 900 millions de dollars de recettes au niveau mondial (au 30 mai 2019) et 4,3 millions d’entrées en France, c’est le biopic musical le plus rentable de l’année et le troisième plus grand succès du major 20th Century Fox. 

Un genre souvent récompensé 

Les académiciens semblent très friands des histoires vraies. Chaque année au moins un biopic est nominé aux grands prix. Rien que sur ces 5 dernières années nous pouvons compter (liste non exhaustive)  :

2018 : Green Book de Peter Farelly , First Man de Damien Chazelle, Bohemian Rhapsody de Bryan Singer 

2017 : The Disaster Artist de James Franco 

2016 : Lion de Garth Davis, Les Figures de l’ombre de Theodore Melfi

2015 : The Danish Girl de Tom Hooper 

2014 : Imitation Game de Morten Tyldum

Très majoritairement, ces films se sont vu remercier le jeu de leurs acteurs, principaux ou secondaires : 6 films des 8 cités ci-dessus (en gras).

Les prix permettent très souvent aux films une montée du nombre d’entrées et donc de recettes. Ils attestent de la qualité du film autant auprès des fans, qui cherchent un film fidèle et surprenant, que des personnes d’abord réticentes, qui vont chercher à découvrir de nouvelles facettes de la vie de la personnalité. Ils permettent également de sacraliser un ou une actrice et de la faire découvrir au public. Une aubaine pour les maisons de production. 

Les risques du biopic

Cependant comme toute oeuvre cinématographique, malgré les récompenses et les succès au box-office, les biopics attirent aussi les critiques et les controverses. En effet, l’art du biopic reste un véritable challenge pour les réalisateurs. Au delà d’une simple « recette magique », l’aspect codifié du biopic en fait également un style cinématographique complexe. 

Entre volontés de représentation au plus proche de la réalité et tentatives de plaire au grand public, certains mélanges ne font pas toujours l’unanimité. Les productions se heurtent à plusieurs obstacles dont un qui ferait fuir même les plus grands: le manque de liberté. En effet, pour rester biographique, il est logique que le film respecte dans les grandes lignes comme dans les plus restreintes, l’histoire de son sujet. Une histoire déjà écrite donc, que le cinéaste doit s’approprier sans pour autant déborder du cadre. Ce manque de liberté auquel fait face le cinéaste quant à son sujet peut parfois donner lieu à des films trop linéaires plus flatteurs qu’autre chose et donc sans grand intérêt pour le spectateur. 

Raconter la vie de quelqu’un n’est pas une chose facile. Deux heures pour une vie, c’est un combat contre lequel il n’est pas facile de sortir glorieux. Et c’est ce que les critiques reprochent à de nombreux biopics. Vouloir tout raconter au lieu de se concentrer sur des éléments plus profonds et sans prendre le temps de vraiment comprendre la construction du personnage. À vouloir trop en dire, on se perd facilement et on perd aussi les spectateurs.  
Pour un biopic réussi, le choix de l’acteur incarnant le personnage principal est également un véritable challenge. Choisir la « réincarnation » de personnes qui ont à leur manière changé le monde, n’est en effet pas à prendre à la légère. Plaire au public, plaire aux proches, plaire aux producteurs, le choix  peut parfois prendre des années. Par exemple pour Bohemian Rhapsody, le rôle de Freddie Mercury a été attribué à Rami Malek plus de cinq ans après le début du projet. 

Malgré tous ces défis, les biopics restent parmi les grands vainqueurs du box office. Retrouver ses stars préférées sur le grand écran, en apprendre davantage sur des figures emblématiques qui ont marquées l’Histoire, nombreuses sont les raisons qui amènent les spectateurs dans les salles. En ce qui concerne le choix des personnalités mise à l’honneur, on notera tout de même une certaine inégalité qui n’attend qu’à être corrigé. En effet, selon les propos de Raphaëlle Moine dans son ouvrage Vies héroïques, biopics masculins, biopics féminins, 75% des biopics classiques Hollywoodiens sont consacrés à des hommes. Ce serait selon lui « la marque des rapports de domination dans la société qui les produit » c’est à dire l’expression d’une  volontaire ou non « domination » masculine dans notre société et plus particulièrement à Hollywood. Pas étonnant quand on sait que les dix-huit plus grands studios Hollywoodiens sont dirigés par des hommes. Les biopics féminins pourraient donc représenter un véritable enjeux qu’il soit économique ou social pour les femmes à Hollywood et dans le monde entier.

Querré Méline, Pillin Maëla , Perrichon Lise

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